Un Pygargue en Seine-et-Marne !

Samedi 4 avril, 15h10, alors qu'il emprunte le nouveau chemin en train d'être créé aux prés des refuges, à Lesches (77) un ornithologue (M. Zucca) entend une agitation de la part de nombreuses corneilles, et sort de la haie pour voir ce qui se passe. Un énorme rapace surgit des arbres juste à ce moment là, suivi par les corneilles, survole la partie ouest du marais, à basse altitude, effectue un grand tour et redisparaît derrière la haie de peupliers. Il s'agit d'un Pygargue à queue blanche immature ! Le genre d'oiseau que l'on rêve régulièrement de croiser pour pimenter les éternels comptages d'anatidés hivernaux ! L'oiseau, après avoir disparu au-dessus de la haie, est en fait allé s'installer au sommet d'un arbre mort, surplombant le marais. Aucune scène de chasse n'a été observée, mais les pygargues se nourrissent volontiers de canards, ou de lapins, également bien présents sur le site. Il restera immobile sur sa branche durant 1h30 environ, laissant le temps à Julien Bottinelli d'arriver. Mais en ce week-end pascal, beaucoup d'ornithos de la région sont partis hors de l'Île-de-France ! Vers 17h, l'oiseau s'envole, et cercle en direction du sud, puis contourne tout le site. Juste à temps pour un troisième ornitho venu l'observer, Théo Vivensang. Nous le perdons au sud, mais il est certain qu'il ne va pas repartir en migration à cette heure ci. Le dimanche matin, Corentin et Olivier Plisson l'observent vers 8h30, mais le beau temps favorisera son départ : il ne sera plus revu après cela. 

Le dessin de la queue (le blanc caractéristique de la queue de l'adulte apparaît déjà sur le dessous des rémiges), du dessus des ailes, et la mue indiquent un oiseau de 2è hiver, c'est à dire né au printemps 2013. Il semblait porter une bague métal à la patte droite. Le Pygargue, après avoir disparu de notre pays au début du 20è siècle, tente d'y nicher depuis 2011 en Moselle. Il s'étend vers l'Ouest en Allemagne et l'on peut s'attendre à voir les fréquences d'observation augmenter. Il est régulièrement hivernant au lac du Der et au lac de la Forêt d'Orient, non loin de l'Île-de-France, mais demeure très rare en France (une vingtaine d'oiseaux par hiver). En Île-de-France, l'espèce est d'occurrence exceptionnelle : avant cet hiver, les dernières mentions dataient de l'hiver 2009-2010 (dans les Yvelines et en forêt de Villefermoy). Cependant, en décembre 2014, un oiseau de 1er hiver avait stationné 1 mois dans les cultures à l'ouest de Provins (77) ! La dernière mention dans les boucles de la Marne remontait probablement à l'hivernage d'un à deux oiseaux à Armentières durant l'hiver 1978-1979.