Première mention de Bolboschoenus planiculmis (F.Schmidt) T.V.Egorova, 1967 pour l’Ile-de-France

Le 05 août 2017, Pierre Tillier réalise des prospections dans la zone de compensation du futur port fluvial de l’Isle-Adam (Val-d’Oise). Située sur la rive gauche de l’Oise, à la hauteur de l’île de Champagne-sur-Oise, cette zone de 11 hectares a été inaugurée en mai 2016 et est désormais connue sous l’appellation « zone de biodiversité de la Rosière ». Des mares ont été crées ex-nihilo, ainsi qu’une zone de frai, connectée à l’Oise. Le reste de la zone est constitué de friches et de prairies.

En aval de la digue située au nord de la zone, Pierre remarque des scirpes à l’allure caractéristique dans des dépressions humides de la zone de frai. Il les identifie comme des scirpes maritimes Bolboschoenus maritimus (L.) Palla, 1905, seul taxon de niveau spécifique pris en compte pour ce genre par la Flore d’Ile-de-France de Jauzein & Nawrot (qui distinguent des sous-espèces). En rentrant sa donnée sur Cettia, il prend connaissance de l’article de Hroudová et al. (2007), qui synthétise les connaissances sur le genre Bolboschoenus en Europe et distingue plusieurs espèces. B. maritimus apparait comme une espèce halophile et donc essentiellement littorale (mais des stations à l’origine incertaine sont connues en Ile-de-France). En France, à l’intérieur des terres, l’espèce la plus fréquente est B. laticarpus Marhold, Hroudová, Ducháček & Zákr., 2004. Une autre espèce est recensée en Ile-de-France, mais semble moins fréquente : B. yagara (Ohwi) A.E.Kozhevn., 1988. La distinction de ces différentes espèces est reprise par l’INPN et le CBNPB.

L’identification spécifique nécessitant l’examen des akènes, Pierre retourne sur le terrain le soir même. A sa grande surprise, les akènes ne correspondent ni à ceux de B. laticarpus, comme il s’y attendait, ni à ceux de B. yagara, mais présentent toutes les caractéristiques des akènes d’une autre espèce, B. planiculmis, jusque-là non mentionnée de notre région et pour laquelle très peu de données existent pour la France.

Se pose alors le problème de l’origine des scirpes. La station (ancien champ) est très récente et des plantations ont eu lieu. Une arrivée non naturelle est donc envisagée. Après « enquête », il s’avère que des Bolboschoenus, identifiés comme B. maritimus, étaient présents sur le site du futur port fluvial (d’autres stations sont connues de la vallée de l’Oise entre Persan et Pontoise). Des plantations de Bolboschoenus ont été réalisées, mais les plantes et graines utilisées ont toutes été prélevées dans des stations valdoisiennes, dont certaines au niveau du futur port (situé à quelques centaines de mètres). Si la station de B. planiculmis de la zone de biodiversité de la Rosière est donc artificielle (mais représente désormais une belle population), l’origine des plantes et graines démontre que l’espèce est bel et bien présente en Ile-de-France, au moins dans la vallée de l’Oise.

Cette donnée constitue donc la première mention régionale de l’espèce. Une station ayant été découverte assez récemment aux portes de l’Ile-de-France, dans le nord du Loiret (données sur le site du CBNBP), cela ne peut qu’inciter à vérifier certaines stations connues de B. maritimus.

Pierre Tillier remercie Guillaume Larregle, Daniel Jacquot et Sébastien Filoche pour les échanges concernant l’identification et la répartition des espèces du genre Bolboschoenus, ainsi que Jean-Marie Ternisien et Michel Pajard pour les renseignements sur la zone de biodiversité de la Rosière.

Pour en savoir plus :

Hroudová Z., Zakravsky P., Duchacek M., Marhold K., 2007 - Taxonomy, distribution and ecology of Bolboschoenus in Europe. Annales Botanici Fennici, 44 : 81-102.

Commentaires

Intéressante découverte, qui va nous inciter à être prudent sur les Bolboschoenus !
J'avais tendance à croire que tous les Bolschoenus d'Ile de France étaient des laticarpus.
B. yagara étant un taxon nettement plus oligotrophile, continental et plus rare.
s'il on en croit Allorge dans sa thèse, les Bolboschoenus (très probablement laticarpus) formaient le faciès emblématique des formations les plus amphibies de la Seine. Celle-ci existe encore pour certaines rivières atlantiques comme l'Elbe avec une ass. typique à B. laticarpus et Carex acuta. B. planiculmis semble être un taxon en extension et plus tolérant à la dessication pouvant apparaître dans des stations à peine humide ... A priori, B maritimus est franchement halophile et il est douteux qu'il se maintienne en Ile de France où il a probablement été introduit.

Merci pour ces précisions!
Et oui, ouvrons l'oeil !... ou plutôt disséquons les akènes...