Retour sur les inventaires éclairs 2018

Retour | Inventaires éclairs 2018

Le week-end du 30 juin et 1er juillet 2018 s’est tenue la huitième édition des inventaires éclairs organisée par l’Agence régionale de la biodiversité en Île-de-France (ARB îdF) sur les communes de Chevannes et Ballancourt-sur-Essonne.

Leptophyes punctatissima à Chevannes © M. Zucca

L’objectif de cet évènement est triple : améliorer la connaissance du patrimoine naturel sur des communes paraissant peu prospectées au regard des milieux naturels qui y sont présents ; permettre aux différents experts de se rencontrer sur le terrain et de transmettre leur savoir aux plus jeunes ; sensibiliser les habitants et les élus locaux à la richesse de leur patrimoine naturel. Année après année, les naturalistes sont toujours plus nombreux à répondre au rendez-vous. Pour cette édition, pas moins de 127 se sont mobilisé(e)s, spécialistes des oiseaux, de la flore, des reptiles, des éphémères, des champignons, des papillons de nuit, des invertébrés aquatiques ou des serpents... Presque toutes les disciplines étaient représentées !

Toutes les observations n’ont pas encore été saisies à ce jour : environ 3 500 données correspondant à 1 160 taxons ont été référencées dans Cettia Île-de-France, notre base de données naturaliste. Cette mobilisation croissante pourrait, une fois l'ensemble des données saisies, faire battre le record du nombre de taxons observés sur un week-end d'inventaires éclairs depuis leur lancement (1 192 taxons en 2016 à Melz-sur-Seine et Chalautre-la-Grande).

Il n'était pas nécessaire d’aller très loin pour effectuer de belles observations : la Huppe fasciée faisait entendre son chant depuis la salle polyvalente de la mairie de Chevannes, lieu de rendez-vous pour les repas ! La commune de Chevannes est donc nouvellement référencée comme accueillant la reproduction probable de cette espèce classée « En danger critique d’extinction » en Île-de-France.

La Direction Générale de l’Aviation Civile nous avait autorisé(e)s à inventorier sa vaste propriété de 100 hectares sur la commune de Chevannes. Les anciennes pistes de décollage se sont révélées abriter une flore rare et menacée des milieux humides temporaires : Étoile d’eau en grande quantité, Scirpe couchéLimoselle aquatiqueLuzerne polymorphe… Des demoiselles typiques de ces habitats y ont logiquement été trouvées (Agrion nain et Agrion mignon), ainsi que le Grillon bordelais et les Tétrix des carrières et Tétrix des vasières, sortes de petits criquets très discrets. Un coléoptère carabique très rare y a été découvert, le Chlaenius à liserés (Chlaenius olivieri). Les vastes friches accueillent au moins 3 couples de Pie-grièche écorcheurs, et de fortes densités de passereaux des milieux ouverts, tels que les Bruants jaunesTariers pâtres et Fauvettes grisettes.

Un étonnant insecte de la famille de Névroptères évoquant une petite Mante religieuse, la Mantispe commune, a été découvert en deux lieux de la commune de Ballancourt, non loin de la voie de RER. Quant au bois des Montils, à Chevannes, il s’est avéré accueillir l’une des 20 stations françaises du Mécoptère Bittacus hageni. Côté papillons, le Grand Sylvain y a été fortement suspecté… À suivre !

La forêt de la Butte, à Ballancourt, accueille toujours une station du très rare Orpin hérissé, qui a été revue lors de la sortie animée par le Conservatoire botanique national du Bassin parisien. Non loin de là a été découvert le Trèfle rougeâtre : cette plante protégée n’était pas connue sur la commune et n'était plus mentionnée en Essonne depuis 2011 !

Le long des lisières, le Thécla de l’Orme s’est avéré être très présent et un coléoptère longicorne remarquable a été observé, Saperda punctata. Les Guêpiers qui se reproduisent à proximité se sont révélés peu nombreux : seulement 2 individus ont été observés, un reliquat de la colonie autrefois présente sur ce site.

Si les Vipères aspics et Coronelles lisses déjà connues du secteur de Ballancourt étaient au rendez-vous, la découverte herpétologique marquante du week-end vient de l’observation d’une Couleuvre d’Esculape, faisant de cette commune la station la plus nordique de l’espèce dans l’Essonne.

La sortie nocturne pour rechercher la présence d’amphibiens s’est révélée décevante pour l’objectif recherché, mais compensé par la présence de jeunes Hiboux moyen-ducs et d’une Chevêche d’Athéna. L’une des mares du golf abritait pas moins de 15 espèces de coléoptères aquatiques, une diversité extraordinaire en Île-de-France, et une algue d’eau douce rarissime, qui n’était connue que d’un seul autre site en Île-de-France : Chara brauni. Les nombreuses friches bordant les greens ont permis la découverte d’un longicorne rare dans la région, mais qui semble être en augmentation : Agapanthia dahli.

Six espèces de chauves-souris ont été notées lors de la sortie au départ du camping de Ballancourt. Les inventaires nocturnes de papillons de nuit (pas moins de quatre dispositifs lumineux ont été mis en place) se sont révélés très riches : 231 espèces ont été observées, dont une espèce très rare, l’Acidalie hardie. Le dispositif lumineux visant les espèces aquatiques, Trichoptères en particulier, n’a pas encore fait l’objet de bilan. Quelques « Grands Diables », une espèce protégée de la famille des homoptères, sont venus apporter une diversité supplémentaire sur les draps blancs, ainsi qu’un bousier devenu très rare, le Geotrupes spiniger. C’est cependant en journée qu’une espèce méridionale de papillon de nuit n’ayant fait l’objet que d’une mention récente en Île-de-France a été découverte : l’Acidalie rousse, dans la prairie bordant le château à Ballancourt.

Enfin, aucunes traces de la présence du Castor n'ont été détectées le long de l'Essonne. En revanche, la Cordulie à taches jaunes a pu être observée parmi le cortège de libellules des rivières, ainsi que plusieurs coquilles d’une Moule d’eau douce peu commune, la Mulette des peintres. Des coléoptères aquatiques intéressants ont également été trouvés par les spécialistes, dans la rivière mais également dans les lacs du camping, où l’on peut notamment signaler le plus grand coléoptère aquatique de la région, le Grand Hydrophile.

Voir des photos des espèces concernées ici

 

Commentaires

Merci pour ce bilan. Il y a cependant une petite erreur : Chlaenius olivieri est un carabique et non un bupreste, le nom français donné dans le Mériguet/Zagatti est "Chlaenius à liseré"

A+
julien

je n'avais pas vu que la com' m'avait ajouté un nom français à celui là !! Et du coup créé une faute ! Merci de l'avoir relevé... (j'avais bien marqué carabique juste avant en plus !!) Je modifie.

Par contre, je vois d'où vient cette erreur, cette bête est appelée "Bupreste vert à bordure" dans l'INPN, cf. https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/9385

En vrai, je ne sais pas si c'est une erreur de nom du côté de l'INPN, ou si c'est lié à une méconnaissance de celui qui a donné ce nom vernaculaire, ou une autre raison plus fantaisiste.

Bref, il faut faire attention aux noms vernaculaires, car ils peuvent être ambigus (par exemple la hulotte peut désigner soit la chouette que tout le monde connait, soit un papillon de nuit).

Au fait Tetrix ceperoi (qui est un noms latin, donc en italiques et sans accent), s'appelle le Tetrix des vasières en Français (ça tombe bien, c'était vaseux là où il y en avait).